Publié il y a 7 h - Mise à jour le 28.02.2025 - François Desmeures - 4 min  - vu 162 fois

FAIT DU JOUR Causses et Cévennes : une charte forestière, articulation d'une synergie entre ressources, préservation et développement

La forêt des Causses et Cévennes, une ressource à préserver et une opportunité pour le territoire

- François Desmeures

Lancée en 2023, la charte forestière Sud Cévennes est en voie d'être adoptée. Elle a délivré ses premières démonstrations pour mettre en pratique l'utilisation de ressources locales, qui ne sont pas qu'une matière première. La charte met sur la table une série d'actions qui vise à valoriser la forêt des territoires du Pôle d'équilibre territorial et rural (PETR), c'est-à-dire les Communautés de communes du Pays viganais et de Causse Aigoual Cévennes. Valoriser économiquement, certes, mais aussi socialement.

La forêt des Causses et Cévennes, une ressource à préserver et une opportunité pour le territoire • François Desmeures

La preuve par l'exemple. C'est la philosophie qui a guidé les rédacteurs de la charte forestière, plutôt que commencer par imposer aux citoyens un texte administratif très théorique. Il fallait, d'entrée, montrer que la théorie n'est rien sans pratique. Et que c'est bien la pratique et le concret qui devaient guider la charte. "On a commencé par l'illustration de ce qu'on peut faire avec du bois sec de châtaignier", explique Joris Masafont, animateur de la charte forestière pour le compte du PETR (pôle d'équilibre territorial et rural) Causses et Cévennes. 

Une équipe de bénévoles a donc commencé par bâtir une pergola sur la terrasse de la mairie de Roquedur, avec l'aide des outils du maire et surtout l'apport de bois de châtaignier, sec sur pied, de parcelles privées. Une fois poncés, les troncs remplissent parfaitement leur office et le bois, qui ne paraissait qu'être destiné qu'au feu, trouve une autre utilité. Plus récemment, c'est au Vigan que les acteurs de la charte forestière ont apporté des tronçons de châtaigniers, pour les implanter comme potelets, ces tiges verticales qui délimitent les espaces urbains. Ils trônent désormais le long de la nouvelle rue Gisèle-Halimi, devant le pôle d'enseignement supérieur. Pour un coût de revient de 40 à 50 € chacun, quand ceux en métal ou plastique dépassent allégrement les 100 €. 

"Dans son volet économique, la charte forestière doit consolider les filières locales"

Joris Masafont, animateur de la charte forestière pour le PETR Causses et Cévennes

"La charte est un outil d'animation territoriale, argumente Joris Masafont. Dans son volet économique, elle doit consolider les filières locales." Valoriser le châtaignier dépérissant, et ses aspects naturels, en répondant aux besoins des collectivités est une idée parmi beaucoup d'autres. Mais l'action démontre, à petite échelle, la synergie déployée, qui a impliqué un propriétaire forestier de Roquedur, les services techniques de la mairie du Vigan et les professionnels du bois locaux. 

La treille réalisée sur la terrasse de la mairie de Roquedur • François Desmeures

À Saint-André-de-Majencoules, une treille est née ; à L'Espérou, c'est un chalet qui a vu le jour, toujours en châtaignier, au camping, avec la collaboration des menuisiers et constructeurs bois du collectif nouvellement créé, Potocopo. Leurs chutes de bois ont même servi à produire des nichoirs à oiseaux. Des projets existent de tables, bancs, barrières et abribus ou bornes de recharge pour vélos chez Causse Aigoual Cévennes. Et même d'un espace de jeux pour enfants de 0 à 3 ans, au Vigan. Car l'approche se veut "pragmatique", pour insérer la richesse de la forêt dans les pans de la vie du pays et les commandes des collectivités locales. "On a tenté de changer l'approche un peu vieillotte des chartes forestières", justifie Joris Masafont.

Vers une filière de piquets en châtaignier cévenol ?

Le volet économique de la charte en est l'illustration. Avec la volonté d'initier une coopération forestière à l'échelle du PETR, ou de créer une filière "forêt paysanne" des Cévennes, projet déjà initié via Potocopo (Objectif Gard y reviendra plus en détail). Avec le Parc national et les chartes forestières Sud-Lozère et Pays des Cévennes, la charte incite à étudier la faisabilité d'une filière piquets de châtaigniers, qui pourraient notamment utiliser les bois fatigués d'une essence en voie de dépérissement dans la région. Les projets se heurtent également aux réalités du marché, à commencer par la rentabilté, mais aussi la possibilité d'accéder à une main d'oeuvre compétente et disponible. Les bûcherons de détail manquent, notamment. Un métier qui se pratique rarement après une reconversion professionnelle.

Un banc en châtaignier, au bord du pump-track d'Avèze • François Desmeures

Mais une charte forestière ne doit pas se limiter aux conditions d'exploitation de cet espace. L'environnement y tient une part importante et, dans notre sud de la France sous réchauffement accéléré, le lien entre forêt, incendie et ressource en eau est un axe de la charte. Celle-ci veut créer un plan de protection contre l'incendie à l'échelle du territoire Causses et Cévennes, développer une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) sur les interfaces habitat-forêt, dans le cadre du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays viganais, ou une autre sur la ripisylve. 

La forêt de l'Aigoual, la seule à avoir obtenu le label Forêt d'exception en Occitanie • François Desmeures

Seule forêt d'exception d'Occitanie, celle de l'Aigoual se doit d'être protégée mais aussi ouverte à la découverte, expose la charte. Les acteurs souhaitent revitaliser le hameau de Saint-Sauveur-de-Pourcils, restaurer la maison forestière des Canayères à Trèves et y installer un bivouac, ou expérimenter une gestion pour le brame du cerf. Enfin, la forêt doit aussi être un terrain d'apprentissage. La charte envisage de créer des forêts de découverte. Mais surtout, alors que les 40e journées mycologiques se sont tenues au Vigan en 2024, la charte innove en introduisant l'idée d'un parc mycologique dans la charte forestière. 

Au pump-track, les équipements en châtaignier brut réalisés à peu de frais • François Desmeures

"On veut créer neuf placettes d'observation sur le long terme pour voir les effets du réchauffement, explique Jérôme Sauveplane, adjoint à l'environnement en mairie du Vigan et partie prenante du projet. Il s'agit de consolider 40 ans d'histoire mycologique. Et c'est une aventure humaine : on a la chance d'avoir des mycologues nationaux jeunes, accessibles, motivés et demandeurs." Sur dix années, l'évolution de la structure fongique serait scrutée. Avec, à terme, la volonté de créer un module d'enseignement supérieur sur la mycologie dans les locaux du pôle d'enseignement supérieur flambant neuf. 

Le long de la rue Gisèle-Halimi, Joris Masafont montre les potelets réalisés en châtaignier sec sur pied • François Desmeures

Les 10, 11 et 12 octobre, Le Vigan accueillera la 3e fête de la forêt des Cévennes, après Barre-des-Cévennes et La Grand'Combe. L'occasion d'évoquer une nouvelle fois, avec le public, les actions déjà menées et les objectifs de la charte forestière, qui sera elle-même signée le 11 octobre. Les 41e journées mycologiques traîneront également dans les parages. Un alignement des planètes dans l'évocation de la forêt dont souhaite sans doute s'inspirer la charte forestière des Causses et Cévennes, en voulant créer un cercle vertueux d'enrichissement local, économique, environnemental, social et personnel à partir d'une immense richesse locale : la grande variété des forêts, de Lasalle à Rogues. 

Les composteurs collectifs seront bientôt réalisés en bois local • François Desmeures

François Desmeures

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