L'INTERVIEW Alpha Kubota : "Au Japon, c'est beaucoup plus technique qu'en France"
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Alpha Kubota, l'ailier japonais de l'OAC.
- Sacha VirgaAlpha Kubota, titulaire indiscutable cette saison à l'Olympique d'Alès en Cévennes, raconte sa saison et une partie de son parcours, lui le Japonais de naissance qui est arrivé en France il y a déjà 10 ans.
C'est toujours avec le sourire que l'on voit Alpha Kubota, sûr et en dehors du terrain, d'une mère japonaise et d'un père sierraléonais-guinnéen, le natif de Tokyo a sûrement l'une des plus belles histoires de cet effectif de l'Olympique d'Alès en Cévennes cette saison.
Objectif Gard : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Alpha Kubota : Je suis né à Tokyo au Japon, mes parents se sont rencontrés en Sierra-Léone avant de venir au Japon. J'ai fait toutes mes classes dans la capitale et j'ai pu jouer et apprendre le football là-bas en évoluant jusqu'en centre de formation, dans un niveau équivalent aux U19 nationaux. Mais au Japon ça reste encore un côté raciste : comme ils ne connaissent pas trop les étrangers, ils vont les éviter. Souvent pendant les matchs, je ressentais beaucoup de racisme. J’avais mon oncle Iya Traoré, un freestyler très connu, qui était très proche des Girondins de Bordeaux, qui m'a fait venir en France et m’a donné l’opportunité de jouer là-bas.
Comment s'est passée votre arrivée en France ?
Au début, je suis arrivé, je savais seulement dire "ça va" ou "bonjour", ce n'était pas facile avec la langue, la culture, la nourriture, mais je savais parler anglais aussi grâce à mon père, ça m'a aidé.
Après avoir joué dans plusieurs clubs en National et National 2, c'est la première fois que vous jouez en National 3, comment voyez-vous cette baisse de niveau ?
Ça ne m'était jamais arrivé, c’est un recul, ce n'est pas voulu. J'ai passé une saison très compliquée l’an dernier, et quand je suis arrivé ici, le club ne s’attendait pas à être en N3 en début d’année, on était censé commencer en N2. Du coup le début de saison a été compliqué, le recrutement a tardé, ce n'était pas comme prévu, donc forcément la saison commence difficilement. Moi-même, j’aurais pu apporter beaucoup plus, marquer beaucoup plus et faire plus de passe décisive.
Comment décrivez-vous votre style de jeu ?
Je suis un joueur technique, dribbleur. Mes points forts sont la percussion et la vitesse.
Vous avez travaillé et développé ça au Japon ?
Mon premier club, c'était le meilleur de la région, ils apprenaient que des dribbles, et énormément de technique. Mon coach m’avait appris toutes les techniques possibles, ça a joué dans mon style technique. Au Japon, c'est très technique, ça va avec leur gabarit car ils sont petits. Moi aussi à l'époque j'étais petit, ça m’a permis de me concentrer encore plus sur la technique. C'est à 17 ans que j’ai pris 10-15 cm de plus et j’ai grandi d’un coup.
Comment réagissez-vous à l'arrivée de Jean-Marie Pasqualetti à la tête de l'équipe ?
Moi, j'étais content. Comme il nous connait très bien, je n'aurais pas aimé qu’un nouveau coach, qui n'a pas la notion des joueurs, qui arrive avec une nouvelle tactique, bouleverse tout. Jean-Marie, il surfe sur la continuité du coach Malek, il essaye d’améliorer le côté qui manquait sur la première partie de saison, notamment sur l’agressivité et la discipline. Je pense que c’est bien. Sur la tactique et la technique, on doit normalement détruire les équipes d'en face. J’espère que ça va fonctionner. On sent qu’on est au-dessus des autres à la vue de l’effectif et de la qualité. C’est clair, on aurait pu clairement démarrer en N2 et les concurrencer sans problème. Il y a plein de joueurs qui ont le niveau.
Comment vous expliquez alors l'irrégularité dans les performances ?
Même nous, on se pose des questions. Pour moi, c'est une question d'envie et de détermination. Tous les buts qu’on prend, c'est la détermination, on ne se fait pas déséquilibrer par la force, c’est un manque de concentration, les petits trucs qui manquent qui font qu’on leur donne des cadeaux. Quand on joue contre les bonnes équipes, on maîtrise le match, on ne leur donne rien.
Quel est le discours face à Aigues-Mortes, l'adversaire du week-end ?
Face à Aigues-Mortes qu’on a gagné en Coupe et à l’aller chez eux, on doit le faire, et lancer la série. On a les capacités pour. Si on met les ingrédients qu'il faut, on doit faire trois sur trois avec les matchs à venir à domicile.
Comment se passe la relation avec les autres cadres de l'équipe ?
Moi j’apprends beaucoup par les deux joueurs cadres comme Mollo et Benezet. Ils me donnent beaucoup de bons conseils, surtout Yohan Mollo qui jouait au même poste que moi quand il était joueur en Ligue 1. Il trouve qu'il y a un truc qui ne doit pas être gâché en moi, il essaye de nous donner des bons conseils pour donner le meilleur de nous.
Quelques anecdotes à raconter sur le foot au Japon ?
Quand j’étais jeune, à 12 ans, on a fait des tournois internationaux au Japon, avec des clubs français, brésiliens, américains qui venaient. J'étais à l'époque dans une équipe d'internationaux japonais. Il y a un joueur qui m’inspire beaucoup au Japon, c'est Kaoru Mitoma, l'ailier du club anglais de Brighton. J'adore son style explosif, rapide, et technique, et je m'en inspire. D'ailleurs, j'ai mon pote d'enfance Yuki Soma avec qui je suis encore en contact qui a joué lors de la Coupe du Monde 2022 avec l'équipe nationale.