Publié il y a 1 jour - Mise à jour le 03.04.2025 - Sabrina Ranvier - 5 min  - vu 76 fois

LE DOSSIER Sécheresse, inondation, érosion… des maisons menacées

Valérie Renet, présidente de la chambre régionale des comptes.

- © Sabrina Ranvier

La chambre régionale des comptes alerte sur les risques climatiques sur le littoral

Un rapport publié en janvier, une table-ronde le 14 mars avec un expert de l’université de Montpellier, la chambre régionale des comptes veut sensibiliser sur les risques climatiques qui pèsent sur le littoral méditerranéen.

La Méditerranée est, après l’Arctique, la zone du globe qui se réchauffe la plus vite. C’est ce qu’indique le dernier rapport publié par le Plan bleu. Cet organisme dépendant de l’Onu estime que le niveau de cette mer doit monter de plus de 40 cm d’ici 2050. « Le littoral est un territoire à fort enjeu. C’est là où la population et les activités économiques sont concentrées », met en exergue Valérie Renet, présidente de la chambre régionale des comptes.

Recul du trait de côte

Le littoral gardois va-t-il être particulièrement affecté ? « Son érosion est bien supérieure à ce que l’on trouve dans les autres départements d’Occitanie », pointe Valérie Renet. Un bilan dressé en 2018, montrait que son taux d’érosion était de 58,4 % contre 25,8 % pour l’Hérault. Le Grau-du-Roi serait même, « au premier rang des communes où le nombre de logements est menacé en 2040 ». Si dans la zone naturelle de l’Espiguette, le sable gagne du terrain sur la mer, au Boucanet, une érosion est constatée sur 1 km. Le recul de la plage est estimé à 2 m par an en moyenne depuis 2010.

La communauté des communes est aussi menacée par des risques d’inondation. Le Vistre, Vidourle et Petit Rhône peuvent déborder. Le territoire est aussi exposé au risque de submersion marine.

Marché immobilier « aveugle aux risques »

A-t-on conscience de ces risques ? Le rapport estime que, sur l’ensemble du littoral méditerranéen, « le sentiment d’exposition à la menace des habitants, comme parfois celui des élus reste insuffisant ». Le marché immobilier serait « aveugle aux risques ». Près de 83 % des ventes de logements réalisées au Grau-du-Roi, entre 2017 et 2022, étaient exposées à des risques d’inondation ou de submersion marine. « Les prix les plus hauts sont ceux des biens situés les plus près de la mer », confirme Valérie Renet. Autre problème selon elle, « la prise de conscience des politiques est insuffisante ». Les contraintes d’urbanisme sont parfois desserrées. Le rapport indique qu’au Grau-du-Roi, « le PPRI a prescrit, pour les zones urbanisées, de relever de 0,5 mètre à 1 mètre le niveau d’eau » à partir duquel des règles strictes de constructibilité doivent s’appliquer. Valérie Renet souligne aussi que le Grau-du-roi « n’a pas souhaité » être inscrit dans le décret d’avril 2022 qui oblige à cartographier le recul du trait de côte. Le maire avait répondu en novembre 2023 à la chambre des comptes qu’il ne l’avait notamment pas fait « au regard du manque de précision sur les financements mobilisables. » Valérie Renet ajoute qu’« en 2024, le maire a souhaité organiser un colloque sur le sujet » du recul du trait de côte, ce qui est « un premier signe ».

Recommandations

Que faire pour sensibiliser, diminuer les risques sur le littoral ? La chambre régionale recommande de renforcer l’information obligatoire des acquéreurs. Il faudrait indiquer que le bien, en raison du risque auquel il est exposé, risque de perdre en partie, voire toute sa valeur. Une autre recommandation est de créer, au sein des établissements publics fonciers, des filiales dotées de ressources pour « l’aménagement et la recomposition du littoral ». Valérie Renet confirme, qu’il faudra en effet « peut être » prévoir « un déplacement » d’équipements publics, privés, exposés aux risques. Dans un précédent rapport publié en 2023, la chambre des comptes écrivait déjà qu’il paraissait « souhaitable » que le « repositionnement » du dépôt stratégique de carburant de l’Otan « soit envisagé ». Ce site d’une vingtaine d’hectares, alimenté par pipeline, est situé à proximité de la plage de l’Espiguette et est concerné par un aléa submersion marine.

59,9 millions d’euros,

c’est le coût annuel moyen de la sinistralité inondation dans le Gard, entre 1989 et 2019. C’est quasiment sept fois plus que la moyenne des départements métropolitains. (Source chambre régionale des comptes). 

 

Vaunage, Alès… Des maisons qui se fissurent

87 communes ont été reconnues en état de catastrophe naturelle pour des problèmes de sécheresse survenus en 2023. • © photo d'illustration. freepik

Daniela Rodier déteste voir l’eau stagner dans les champs de vigne mi-mars : « Ça veut dire que dès que cela va dépasser les 23-25 degrés, les fissures vont apparaître. » Impactée elle-même, cette Gardoise a fondé, en 2003, l’association gardoise d’assistance aux sinistrés de sécheresse, Agass. « Dans le Gard et dans l’Hérault, il y a surtout des terrains argileux. Ils gonflent quand il pleut l’hiver et quand c’est sec en été, cela se rétrécit et cela crée des fissures sur les maisons qui sont construites dessus. » Selon elle, la seule solution durable pour réparer ces fissures est d’enfoncer des micropieux à 7 ou 8 m dans le sol, sous la maison, ce qui revient « entre 150 000 à 200 000 euros ». Pour solliciter son assurance, il faut que la commune obtienne une reconnaissance d’état de catastrophe naturelle. Les procédures peuvent être très longues : l’assurance peut refuser le dossier et la personne concernée doit faire appel à un autre expert.

Catastrophes

Ces dernières années, les communes gardoises ont davantage été impactées par la sécheresse que par les inondations. Entre 2016 et 2024, 604 communes ont été classées en arrêté de catastrophes naturelles pour des phénomènes de sécheresse dans le Gard contre 217 pour des problèmes d’inondations. 2017 et 2022 ont été des années record avec respectivement 200 ou 148 communes concernées.

« Des communes gardoises ont été classées quatre ou cinq fois en catastrophe naturelle sécheresse », constate Vincent Ambard, président du cabinet Altaïs Expertise. Il y a pas mal de sinistres en Vaunage, dans le bassin alésien. Mais ce cabinet, qui a été fondé à Nîmes, travaille de plus en plus loin. Mi-mars, Vincent Ambard était à Limoges, tandis que Bruno Fouillard, le fondateur du cabinet, naviguait entre la Normandie et Metz. Altaïs Expertise gère pas mal de dossiers en région parisienne. « Avant, le Sud était beaucoup plus impacté, reconnaît Bruno Fouillard. Depuis 5 ans, la sécheresse commence à s’étendre. »

Didier Caire est le chef d'agence opérationnel dans le Gard, de l'Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen.  • © DR

Des moustiques dès la mi-mars sur le littoral

« L’Aedes detritus, un moustique d’hiver est déjà présent sur le littoral, reconnaît Didier Caire, chef d’agence opérationnel de l'Entente interdépartementale pour la démoustication (EID) méditerranée dans le Gard. Chaque phénomène de pluie, et on en a eu beaucoup, provoque des éclosions. » Quand il fait trop froid, leur développement se ralentit. « Quand les 10 degrés sont atteints, les larves reprennent leur développement », complète-t-il. Des traitements peuvent être mis en place pour interrompre les cycles. Le moustique tigre n’est pas favorisé par les pluies de février-mars. Lui commence à se développer en avril-mai. Didier Caire reconnaît que c’est « très compliqué de traiter » car ce tortionnaire des citadins « se propage en zone urbaine ». Coupelles, jouets… Pour être tranquille cet été, il conseille de faire, dès maintenant, la chasse à ce qui pourrait retenir de l’eau dehors.

Sabrina Ranvier

Gard

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