Publié il y a 17 h - Mise à jour le 04.04.2025 - Propos recueillis par Norman Jardin - 4 min  - vu 371 fois

L’INTERVIEW Fabrice Santoro : « Pour le tennis, je suis né à Nîmes »

Fabrice Santoro n’a pas oublié les arènes de Nîmes.

- Photo : archives personnelles Fabrice Santoro.

Le 5 mai 1991, Nîmes était le cadre d’un évènement sportif à haute intensité émotionnelle. Pour le compte des quarts de finale de la coupe Davis, la France rencontre l’Australie dans les arènes. L’affrontement se termine au match décisif durant lequel le jeune Fabrice Santoro (18 ans à l'époque) qualifie les Bleus qui finissent par remporter la compétition face aux USA. Alors que le tennis de haut niveau fait son retour dans l’amphithéâtre romain, le héros de 1991 et ancien 17ᵉ joueur mondial revient sur ce moment qui reste gravé dans sa mémoire dans l’histoire du sport dans le Gard.

Objectif Gard : De ce match contre Wally Masur dans les arènes de Nîmes, quelle est la première image qui vous revient à l’esprit ?

Fabrice Santoro : La responsabilité d’un enfant qui a le poids de tout un pays sur ses épaules. Ce dimanche-là, quand je rentre sur le terrain, je sais que si je gagne, on continue l’aventure et si je perds, la France est éliminée à cause de moi. Je n’avais que 18 ans et c'était très lourd. Avec moi, il y avait le capitaine Yannick Noah et dans l’équipe Guy Forget et Henri Leconte. Je les avais admirés à la télévision et je me retrouvais là avec eux, à défendre les couleurs du pays.

Débuter en coupe Davis dans les arènes de Nîmes, ce n’est pas commun.

Ça a rajouté un plus à l’évènement et c’est la seule fois où j’ai joué dans des arènes. On pense un peu au contexte avant et on en discute au sein de l’équipe.

« Contre Fromberg, il y avait tout qui volait, les sacs et les chaises, tout s’envolait. C’était une tempête »

Ce week-end contre l’Australie n’avait pas bien débuté puisque vous perdez le match numéro 2 contre Richard Fromberg (6-3, 6-4 et 7-6). Dans quelles conditions s’est déroulée cette rencontre ?

Il y avait beaucoup de vent, comme on peut le voir dans le sud de la France. C’était d’une extrême violence. Contre Fromberg, Il y avait tout qui volait, les sacs et les chaises, tout s’envolait. C’était une tempête.

Le revers a-t-il été facile à évacuer ?

Ça a été dur, car c’était une défaite sèche, en trois sets. Statistiquement, quand on prend une grosse claque le vendredi, il est très rare de rebondir le dimanche. Mentalement, ça fait des dégâts.

Comment avez-vous trouvé les ressources pour préparer au mieux le match décisif ?

Si j’ai su rebondir, c’est parce que j’avais des coéquipiers et un capitaine forts autour de moi. Seul, je n’y serais pas parvenu. Les conditions de jeu étaient bien meilleures le dimanche. Mon adversaire était un peu moins fort sur le papier et pas spécialiste de la terre battue. En revanche, il était mille fois plus expérimenté que moi. Mais avec moi, sur la chaise, j’avais Yannick Noah, un vainqueur de Grand Chelem qui était très charismatique, c’était très rassurant.

« Cette balle de match est gravée à jamais »

Au vu du score (6-3, 6-4, 4-6 et 6-1), on a l’impression que le match contre Wally Masur a été plutôt facile.

Non, parce que c’était dur mentalement. À la fin du troisième set, il y a eu une pause de dix minutes avec un passage par les vestiaires. C’est quelque chose qui n’existe plus aujourd’hui. Durant cette période, on cogite énormément avec une tension extrême. Encore une fois, je n’avais que 18 ans. Même si je possédais une grande maturité tennistique, je restais un enfant.

Vous remportez le dernier set 6-1, cela veut-il dire que vous avez eu le temps d’apprécier les ultimes minutes ?

Non, le seul moment où je me suis détendu, c’est pour la balle de match. À aucun moment, je ne me suis dit que je pouvais me relâcher. Je ne pensais pas que c’était gagné.

Alors cette balle de match ?

Je m’en souviens comme si c’était hier. Il fait une balle bombée sur mon revers, il monte à contre-temps et je le passe. Cette balle de match est gravée à jamais. Je ne suis pas du tout dans la nostalgie, mais j’ai eu l’occasion de la revoir. Elle est inoubliable, un moment complétement dingue.

« Beaucoup de gens ont entendu parler de moi pour la première fois »

Qu’avez-vous ressenti à ce moment ?

Une libération et une grande joie. Le capitaine et les coéquipiers me portent en triomphe. Et puis dans les arènes, tout le monde est debout. Le gamin qualifiait le pays. Avec le recul, je me dis que c’était extraordinaire ! Mais sur le moment, j'aurais préféré que ce soit un match pour du beurre.

Cette année-là, la France a remporté la coupe Davis en battant les États-Unis en finale. C’est un peu aussi votre victoire ?

Clairement parce que dans ce parcours, j'ai aussi joué deux simples en demi-finale à Pau contre la Yougoslavie (victoire de la France 5-0). Cela faisait 59 ans que l’on n'avait plus gagné la coupe Davis et cette compétition était beaucoup plus populaire qu'aujourd'hui.

Quelle place occupe Nîmes dans votre carrière ?

Quand j’évoque les plus grands succès de ma carrière, je n'en parle pas parce que ça me parait très lointain. Mais c’est ma naissance. Ce jour-là, beaucoup de gens ont entendu parler de moi pour la première fois. Pour le tennis, je suis né à Nîmes.

« J’ai l’impression que les spectateurs de l'UTS prennent du plaisir »

Que pensez-vous du concept du tournoi UTS qui débute aujourd’hui dans les arènes de Nîmes ?

C’est un format qui existe depuis quelques années. J’ai l’impression que les spectateurs de l'UTS prennent du plaisir à voir cet évènement. C’est du tennis-spectacle. Dans ce concept, ce qui m'intéresse, c'est de découvrir la façon de réagir du public, car c’est différent dans chaque pays.

Ce genre de tournoi peut-il amener un nouveau public vers le tennis ?

Ce n’est pas un format qui est fait pour les nostalgiques du tennis des années 1980. C’est fait pour aller chercher un public plus jeune. Si vous êtes fan de Björn Borg ou de John McEnroe, vous n’allez pas forcément vous retrouver dans l’UTS. Mais il y a toujours des choses à aller chercher et qui peuvent aider le tennis à se moderniser. Tout n’est pas à garder, mais tout n’est pas à jeter.

Aujourd'hui, vous êtes consultant pour la télévision. Comment vivez-vous ce changement professionnel ?

Je viens de commenter le tournoi de Miami pour beIN Sports. J’y prends beaucoup de plaisir et j’aime préparer les matchs. Mais aussi découvrir les joueurs, regarder leur parcours. Je fais ça depuis 2012 et puis je suis aussi sur Amazon pendant le tournoi de Roland-Garros.

Propos recueillis par Norman Jardin

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