Publié il y a 22 h - Mise à jour le 02.04.2025 - Yannick Pons - 3 min  - vu 292 fois

CULTURE Tardes de soledad, de la brutalité à la solitude

Andrés Roca Rey

- Photo Dulac Distribution

Albert Serra plonge dans l’univers d’une star de la tauromachie, Andrés Roca Rey, 28 ans, qu'il a suivi pendant deux ans dans sa chambre d’hôtel, dans son van et dans les arènes. Le réalisateur espagnol signe un documentaire artistique en restant objectif sur le sujet de la corrida.

Albert Serra, le réalisateur de Pacifiction, explore de nouveau les multiples facettes de l'humain, et plonge dans l’univers d’une star actuelle de la tauromachie. Pendant deux ans, il a suivi le torero péruvien Andrés Roca Rey, 28 ans, considéré comme le numéro un de sa discipline, dans sa chambre d’hôtel, dans son van et dans les arènes de Madrid, Séville, Bilbao, Santander…

Alternative à Nîmes

Depuis son alternative prise à Nîmes, au cours de la feria des Vendanges en 2015, Andrés Roca Rey enchaine les corridas afin de montrer qu’il est le meilleur, risquant sa vie régulièrement en poussant ses limites face à des animaux de 500 kgs.

Personnage fascinant, Roca Rey apparaît dans ses habits de lumière qu'il enfile avec l'aide de son assistant. Même si, autour de lui, gravite sa quadrille, peones, banderilleros, picador… un monde d'hommes au langage particulièrement crû, c'est l'immense solitude de Roca Rey qui est couché sur pellicule.

Construction cyclique

Le cinéaste iconoclaste catalan ne filme pas la corrida. Il filme trois espaces, tous des lieux fermés : les arènes, le van dans laquelle le torero et son équipe se déplacent, la chambre d'hôtel dans laquelle il s'habille. Cette construction cyclique et des plans serrés au plus près du torero, qui créent cette absence visuelle du public passé hors-champ, contribuent à préserver la fascination hypnotique de l'image et permet au réalisateur de rester habilement en dehors de tout jugement.

Pendant deux ans, il a suivi le torero péruvien dans sa chambre d'hôtel, en voiture, dans l'arène, travaillant son image souvent face à un miroir. Albert Serra filme en plans serrés au plus près de ce visage d'ange, seul avec lui-même, constamment concentré vers le triomphe. Paradoxe de ce monde extrêmement viril, cette intimité lorsqu'il revêt rituellement son habit de lumière avec l'aide de son assistant. Une scène qui suggère une atmosphère érotique entre les deux hommes.

Roca Rey remplit les arènes aujourd’hui, mais il semble obnubilé par le fait de faire taire les critiques. Affublé de sa moue bestiale, il fait de la piste aux couleurs ocre, un espace dans lequel il impose sa présence. Enchâssé dans son costume rouge rubis antique, et noir, il offre une démonstration permanente de pouvoir, en alternant postures dynamiques et séries statiques, devant le taureau.

Objectif

Tardes de soledad relève plus du documentaire artistique que d’un film sur ce sujet inflammable qui est la corrida. Le face-à-face entre le torero et l’animal est filmé au téléobjectif, en plan serré, évacuant le public de l’écran, alors que dans la réalité celui-ci fait partie intégrante de la corrida.

Plusieurs fois, le spectateur verra la vie disparaître dans les yeux du taureau. Des micros qui ont été cousus sur les costumes permettent une véritable immersion sur le sable ocre des arènes. Encore plus proche des Calléjons, le spectateur peut entendre le souffle du taureau. Les variations d’intensités sont vertigineuses et la sensation de paradoxe est extrême : sophistication et brutalité.

« Des couilles plus grosses que les arènes », crie un fan à l’endroit du van de Roca Rey qui quitte les lieux. Les séquences de corrida sont entrecoupées par longues scènes tournées en plan fixe, cadrées comme des tableaux de Velázquez, dans le van de Roca Rey, où il règne en roi absolu. Sa « cuadrilla » le seconde et le flatte, à l’image du banderillero Anthonio Chacón qui l’assiste de très près et lui prodigue des conseils lors des faces à face avec les taureaux.

Si le réalisateur choque le public, en signant un documentaire fait de plans très serrés, il se place dans l’objectivité la plus parfaite. Il ne laisse aucun fil d’or dépasser de son costume de torero, afin de ne fournir aucun prétexte aux débats enflammés qui divisent aujourd’hui partisans et opposants de la corrida.

Tardes de Soledad

  • Le Sémaphore - Nîmes
  • Le Méjean - Arles
  • Cineplanet - Alès
Yannick Pons

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