Publié il y a 17 h - Mise à jour le 03.04.2025 - Sabrina Ranvier - 6 min  - vu 534 fois

FAIT DU JOUR Soleil, pluie, gel : le temps fout le camp

Florence Vaysse, référente territoriale Languedoc et Roussillon explique que 158,5 mm de précipitations sont tombés cette année sur le département en février. La normale est de 55,9 mm.

- Sabrina Ranvier

Il a été porté disparu tout le mois de février. On n’a guère aperçu le soleil en janvier. « Cet hiver, il est tombé 37 % de plus de pluie que la normale dans le Gard », pointe Florence Vaysse de Météo France. Les statistiques de mars ne sont pas encore compilées mais le mois a été plus qu’arrosé. Le temps fout le camp ! 

Comment les agriculteurs gardois s’adaptent au changement climatique

Diagnostics personnalisés, diversification, parcelles vitrines avec de nouvelles variétés… La chambre d’agriculture veut anticiper.

« La pression est très importante. » Christophe Mugard est arboriculteur viticulteur à Montfrin depuis 12 ans. Avec son beau-frère, il a repris l’exploitation familiale, « Les vergers de Georges ». Et il le sait, pour les fruits à noyaux, il y a une période cruciale, celle de la floraison. « En ce moment, les abricotiers, les pêchers sont concernés », témoigne-t-il, mi-mars. Un excès de pluie peut faire apparaître des champignons microscopiques, baptisés Monilia. Or, depuis quelques mois, le soleil se fait rare. En février, les valeurs normales de pluie ont été atomisées dans le Gard. Selon Météo France, il tombe habituellement 55,9 mm de pluie dans le département en février. Cette année, ce sont 158,5 mm de précipitations qui ont été cumulées.

Abeilles menacées

En mars, la pluie a continué à tomber pile au moment où les arbres sont en fleur. « Les abeilles ne sortent pas. Il faut qu’il fasse beau pour qu’il y ait pollinisation », résume Christophe Mugard. « Depuis plusieurs semaines, elles sont dans l’impossibilité de sortir à cause du froid et de la pluie, confirme Stéphane Libéri, président d’honneur de l’apiculture régionale. Même s’il y a une éclaircie, les corolles des fleurs sont trempées. Elles ne peuvent pas y puiser le nectar. » Selon cet homme qui bichonne les abeilles depuis l’âge de 10 ans, il faut « plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour que les corolles évacuent l’eau ». Les colonies d’abeilles auront-elles suffisamment de réserves pour tenir ? L’apiculteur doit s’adapter, déplacer les ruches. Le choix se restreint à cause du changement climatique. Les châtaigniers, selon lui, sont affectés et produisent moins de miel. Grosses périodes de sécheresse où les fleurs sèchent, propagation du frelon asiatique, utilisation de produits phytosanitaires… La quantité de miel produite en France chute. Dans les années 1980, Stéphane Libéri récoltait 80 kg de miel par ruche : « Aujourd'hui, autour de 10 à 12 kg, on est content. » Pourtant la demande est là. « On arrive à 40 000 tonnes de miel consommées par les Français par an. Et on en a produit 15 000 tonnes l’an dernier. »

Stéphane Libéri s'alarme de la vertigineuse chute de la production de miel depuis les années 1980, mais met en avant un point positif : « 80 % de la production française est vendue par les producteurs eux-mêmes. » Ils vendent en pot et ne sont pas contraints de baisser les prix à cause des intermédiaires. « En Espagne, ils vendent en fût, à bas prix. » • Sabrina Ranvier

Trop plein ou trop peu d’eau

Comment faire face aux conséquences du changement climatique ? Le climat méditerranéen a toujours eu des étés chauds et secs avec peu d'eau et de fortes pluies à l'automne. Mais ces dernières années, les pluies d’étés diminuent encore plus et les températures estivales grimpent. Les plantes n’évapotranspirent plus, ce qui impacte la sécheresse. « Le vrai enjeu est la façon dont on est capable de stocker l’eau, pointe Aymeric Deglaire, directeur de la chambre agriculture du Gard. On est parmi les départements les plus arrosés de France*. Mais c’est erratique car on a des périodes où on a très peu d’eau et d’autres où on en a trop. » Cette eau « hyper abondante » actuellement, sera peut-être absente cet été. C’est un cercle vicieux. Si les agriculteurs ont moins d’eau, ils produisent moins et on doit importer plus. « Et on produit une énergie grise polluante », pointe-t-il. Une pollution qui alimente le réchauffement climatique. « L’agriculture utilise 0,25 % des ressources en eau. L’idée n’est pas de s’approprier l’eau mais de bien la gérer », complète-t-il.

Diagnostic personnalisé

L’agence régionale de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse soutient, depuis 2019, la chambre d’agriculture du Gard pour l’adaptation au changement climatique. En cinq ans, 87 agriculteurs du département ont pu bénéficier de diagnostics personnalisés gratuits. « On voit notamment les points forts et les points faibles de son exploitation par rapport à ce à quoi il va être exposé dans le futur », détaille Anne Astier, chargée de mission changement climatique à la chambre d’agriculture. L'agriculteur se situe-t-il dans une zone inondable ou a-t-il la possibilité d’irriguer ? Quelle est la nature de son sol ? A-t-il un bâtiment pour stocker du foin ? S'est-il diversifié, en installant des panneaux photovoltaïques, en faisant un gîte à la ferme ?

Plans d’actions

Des formations ont été créées pour ceux qui veulent planter des agrumes. Italie, Grèce, Espagne, Portugal… Depuis 2021, la chambre d’agriculture a planté une trentaine de nouveaux cépages de vigne venus de climats plus secs. Les viticulteurs peuvent aller observer cette « vitrine » à la station expérimentale du département au mas d’Asport à Saint-Gilles. « On a constitué un groupe d’éleveurs qui testent différents fourrages. Le but est qu’il y ait des parcelles vitrines », ajoute-t-elle. Un groupe d’une quinzaine de conseillers donne des conseils sur le sol, pour qu’il puisse retenir plus d’eau. Les maraîchers raccordés au canal du Bas-Rhône n’ont pas de problème d’approvisionnement en eau. Mais s’ils produisent sous serre, ils peuvent faire face à une forte montée des températures. Des sondes ont été placées chez des maraîchers pour savoir exactement à quel moment il faut déclencher la brumisation. « Brumiser à midi peut permettre de baisser de quelques degrés. Mais il ne faut pas trop utiliser la brumisation car il peut y avoir un développement de maladies », reconnaît-elle.

La chambre d’agriculture va maintenant travailler pour maîtriser les nouveaux ravageurs, les insectes apparus avec le réchauffement climatique. Après la « punaise diabolique », les agriculteurs font face à l’aleurode épineux du citronnier. Sur les derniers mois de 2024, il a été identifié sur 30 communes gardoises. Selon la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf), différents végétaux ont été infestés : agrumes, kaki, pommier, vignes…

* Avec le Mont-Aigoual et sa moyenne de 1 970 mm de pluie annuels, le Gard abrite le site le plus pluvieux de la métropole. Aigues-Mortes et ses 552,6 mm annuels font partie des dix stations météo les plus sèches de France.

Serge Zaka, COW-BOY de l’agro-climatologie

Il porte toujours un chapeau de cow-boy. De multiples bracelets complètent ce look d’aventurier. On les distingue bien car Serge Zaka est souvent en tee-shirt ou en débardeur. Ce scientifique avoue dans Orages sur le climat, qu’il souffre d’une maladie génétique qui lui fait ressentir les températures environ 10 degrés plus fort que la plupart des gens. La spécialité de cet homme qui vit à côté de Corconne ? L’agroclimatologie, c’est-à-dire « tirer les conséquences des grandes tendances climatiques pour réorienter ou affiner les pratiques ». Dans cet ouvrage paru début mars, cet ingénieur agronome raconte la « sécheresse éclair » du 28 juin 2019 où « des dizaines de milliers d’hectares et d’arbres fruitiers » ont grillé en quatre heures sous l’effet des fortes chaleurs et du mistral. Ce jour-là, le mercure a atteint 45,9 degrés à Gallargues.

Les espèces cultivées actuellement dans le Gard vont-elles survivre ? Selon lui, ce sont les châtaigniers qui souffrent aujourd’hui le plus. « Les pêchers et les cerisiers sont en souffrance à 30-35 degrés. La vigne peut tenir jusqu’à 35 degrés », précise-t-il à Objectif Gard le magazine. À la place du pommier qui a besoin d’un certain nombre d’heures de froid pour fleurir, il conseille aux arboriculteurs de miser sur les kakis. Il leur suggère aussi de « s’intéresser de près » à la figue, la pistache, la nèfle, la grenade. Les agrumes qui peuvent « résister jusqu’à 40 degrés » sont une bonne piste, à condition de ne pas implanter ces frileux dans l’arrière-pays gardois. Selon lui, la filière la plus intéressante est l’olivier. « L’Espagne a un problème d’eau, de sécheresse. Elle ne peut plus être le verger de l’Europe, constate-t-il. On ne peut pas les remplacer du jour au lendemain mais on aura une bonne position. » À condition de s’y prendre maintenant. Il faut une vingtaine d’années pour qu’un agrume ait une « taille intéressante ».

Cet homme qui, à l’âge de deux ans, a fui le Liban endeuillé par la guerre, milite pour Stand up for science. Ce mouvement dénonce les atteintes portées par les équipes de Donald Trump à l'encontre des chercheurs américains travaillant sur le climat. « Les scientifiques donnent la direction et permettent d’anticiper, indique Serge Zaka. Les autres pays vont avancer et se préparer. Les États-Unis feront eux face à des pertes de rendements. »

Orages sur le climat, Serge Zaka, Harper Collins, mars 2025, 20,90 euros.

Sabrina Ranvier

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