L'INTERVIEW Sylvain André : "Le maire doit être l’animateur du vivre-ensemble"

Sylvain André, maire de Cendras et président de l'Association des Maires Ruraux du Gard
- DRMaire de Cendras et président de l'Association des maires ruraux du Gard, Sylvain André travaille au quotidien à maintenir des liens entre élus et administrés face aux difficultés propres aux communes rurales.
Objectif Gard : Vous arrivez dans la dernière année de votre premier mandat complet, quel bilan tirez-vous de ces cinq années ?
Sylvain André : C’était un mandat particulier, entre le Covid, la guerre, l’instabilité politique et les nombreuses crises : démocratique, de confiance en la politique, agricole, climatique… La liste est longue, en plus des difficultés budgétaires et administratives. En cumulé, j’ai perdu 161 000 euros de dotations sur 4 ans. Pour un village comme Cendras, c’est énorme.
Comment menez-vous vos projets malgré les difficultés rencontrées ?
J’essaye de gérer la commune comme un ménage, je dépense l’argent que j’ai et le plus intelligemment possible. À cause des diminutions de budget, je fais non seulement des sacrifices, mais je suis surtout confronté à ne pas faire certaines choses que je devrais faire. La liste des choses à faire est longue, entre les trottoirs et voiries notamment.
Quels sont justement les projets actuels et à venir à Cendras ?
La rénovation du cœur de village est en cours, c’est le plus gros projet du mandat, il n’avait pas été refait depuis 70 ans quand même. On a besoin d’un cadre de vie sympathique dans une petite commune. On prend en compte la transition écologique, c’est une ligne continue. Les places de parking seront déperméabilisées avec des pavés drainants, des arbres plantés, un espace terrasse… Le tout avec des matériaux nobles. Nous avons d’ailleurs mis en place un deuxième réseau chaleur-bois, pour alimenter la salle polyvalente, le foyer des personnes âgées, la friperie solidaire et la médiathèque. On passe du fioul au bois coupé sur la commune même.
Nous avons aussi investi dans les équipements de travaux publics comme un tracteur ou une épareuse. Ça semble peu mais, additionnées, ce sont de grosses sommes pour un village. Après plusieurs années de discussion au sein du conseil municipal, nous avons acté la vidéoprotection, mise en place en début de mandat. Nous avons aussi signé avec Logis Cévenols la construction d’une Maison en partage labellisée inclusive, ce qui débloquera une aide du département. La construction sera en 2026 ou 2027. Nous avons déplacé le monument aux morts du quartier de La Baume au centre-village à l’Abbaye. Je pense qu’il a été plus vu en deux semaines qu’en plusieurs années, notamment par des enfants curieux de la liste gravée. C’est essentiel, surtout dans ce cadre géopolitique, de se souvenir ce qu’est la guerre et l’importance de la paix. C’est symbolique, cela me tenait à cœur. Ce devoir de mémoire est essentiel. On avance aussi sur une piste pour un nouveau cimetière, mais le dossier est compliqué, entre le Plan de prévention des risques naturels d'inondation et le parc feux de forêt. On a donc eu plusieurs refus de l’État.
En parlant de l'État, vous aviez mené le mouvement mairies fermées il y a quelques mois…
Ce mouvement a été lancé en réponse aux propos de l’ex-ministre Bruno Le Maire, qui invoquait des responsabilités des collectivités dans la dette, alors qu’on vote des budgets à l’équilibre. Nous n’empruntons que pour de l’investissement, pas pour du fonctionnement. Tous nos prêts sont vérifiés et gérés justement. Sont même ensuite arrivées les propositions de baisse drastique des budgets des collectivités...
À mon dernier pointage, nous étions 58 communes à mener cette action, plus d’autres qui nous soutenaient. Nous avions aussi le soutien de la population, alors que nous fermions un service public, le dernier de proximité dans beaucoup de territoires.
Sentez-vous toujours ce soutien et cette proximité avec les administrés ?
Les administrés viennent me voir la moitié du temps pour des choses hors de mes compétences. J’écoute et absorbe leurs recommandations, leur colère, parfois orientée vers nous, mais souvent contre le système. Je le vois davantage comme une marque de confiance, car la population ne se confie plus beaucoup. Le prêtre, l’instituteur, jouaient ce rôle à l’époque, mais beaucoup moins aujourd’hui, le maire a récupéré ce rôle de proximité, c’est aussi ce que j’aime. Attraper un président d’Agglo, de Département ou de Région est compliqué, voire impossible, même pour moi.
Avant d’être maire, j’ai été militant, syndicaliste, membre d’association... Le dénominateur commun a toujours été l’aide aux gens. Être maire est une forme de militantisme. C’est plus une fonction qu’un métier, même si nous faisons partie de ceux qui travaillent le plus dans la société selon des études. Un maire est le premier mètre de la République, on est à portée de baffes comme on dit. On résout des problèmes dont on ne peut même pas parler car on noue une relation de confiance avec les administrés. C’est inestimable, touchant, presque sacré. J’encourage tout le monde à s’inscrire sur une liste municipale pour découvrir cela.
Vous multipliez d'ailleurs les animations culturelles pour maintenir ce lien entre les administrés.
Je suis convaincu que le vivre-ensemble d’un village est essentiel, pour que tout le monde puisse partager des moments, se détendre, développer son esprit critique. Les vertus sont multiples, notamment le rassemblement de la population. Dans ces temps clivants, j’estime que le maire doit être l’animateur du vivre-ensemble. Notre rôle est de mettre de l’huile dans les rouages, arrondir les angles, trouver des solutions et faire les médiateurs. Nous n'avons donc jamais baissé le budget culturel, on l’a même plutôt augmenté, à travers le soutien aux associations par exemple. L’éducation a aussi toujours été un axe essentiel, les dotations par enfant sont toujours importantes.
Sur un autre sujet désormais, où en est l’Association des maires ruraux du Gard, que vous présidez depuis 2020 ?
L’association a énormément évolué, elle a une bonne dynamique avec une vraie camaraderie et de l’entraide, au-delà des sensibilités politiques. Nous n’étions même pas 40 communes adhérentes en 2019 et sommes aujourd’hui 165. Nous sommes complémentaires de l’Association des maires de France puisqu’on défend la commune et la ruralité. Cela fait du bien, on peut facilement se sentir seul dans un mandat de maire.
Comptez-vous poursuivre votre œuvre, en tant que maire, et potentiellement président de l’AMR après 2026 ?
Ce n’est pas une décision à prendre à la légère, cela signifie renoncer à beaucoup de choses, réduire, voire mettre de côté d’autres passions. Je dois consulter ma famille. C’est un travail très exigeant, il est compliqué de le cumuler avec d’autres métiers. On commence à en discuter aux conseils municipaux, mais je ne prendrai pas de décision avant l’automne normalement. La passion est intacte, j’ai encore plein de projets en tête, mais je ne suis pas du genre à faire les choses à moitié, il faut donc que je sois sûr de moi. Je ne fais pas partie des maires prétendant qu’être élu de village, ce n’est pas faire de la politique de Gauche ou de Droite.
On a besoin d’avoir plus de jeunes sur les listes municipales. C'est pourquoi je pousse en faveur d’un statut d’élu plus reconnaissant. Élu de commune rurale, c’est évaluer un budget, réfléchir à des projets, ranger les chaises et préparer l’apéro. Écouter les problèmes des gens, du chien du voisin, à l’arbre bloquant la route à 2h du matin et bien plus grave... Mon indicateur c'est ‘Est-ce que ça va aider les gens ?’ J’ai évolué en ce sens. Au début de mon parcours militant et politique, j’étais plus radical. Autrefois, je rêvais une société. Aujourd’hui, je pars de la société existante et j’essaie de l’améliorer, touche par touche. Je ne crois pas en une radicalité stupide qui ne fait rien avancer. Des choses nous rassemblent, ne restons pas ce qui nous divise.
Communiqué de Sylvain André sur la baisse des heures d'ouverture de La Poste de Cendras :
Comment peut-on espérer autre chose qu’une baisse de la fréquentation lorsqu’on réduit le nombre de créneaux d’ouverture et de facto les possibilités des usagers ? Le maire s’oppose formellement à ce que cette fermeture occasionnelle devienne définitive. Sylvain André réclame, au minimum, le maintien des cinq matinées d’ouverture à Cendras. La réponse de la direction de La Poste, qui, espérons-le, reviendra peut-être sur sa volonté initiale, devrait intervenir d'ici à la fin du mois. Le maire et son conseil municipal envisagent d’ores-et-déjà d’appeler la population à se mobiliser à leurs côtés si d’aventure cette baisse était confirmée.
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