Publié il y a 21 h - Mise à jour le 03.04.2025 - Thierry Allard - 5 min  - vu 1139 fois

PONT-SAINT-ESPRIT Majorité et opposition s’écharpent sur l’état des finances de la commune

Hier soir, lors de la séance du conseil municipal de Pont-Saint-Esprit

- Thierry Allard

Hier soir, le conseil municipal de Pont-Saint-Esprit se réunissait pour une séance marathon, lors de laquelle il a beaucoup été question des finances de la commune, à l’occasion du vote des comptes administratif et de gestion, mais aussi du budget primitif. Avec une question au centre des débats : Pont-Saint-Esprit est-elle sans le sou ?

Certainement pas, selon l’opposition emmenée par l’ancienne maire Claire Lapeyronie. Car le compte administratif, qui vient donner la situation exacte des finances de la commune au 31 décembre dernier, fait ressortir un excédent de 6,3 millions d’euros. « Ce soir, c’est l’heure de vérité, estime l'ancienne maire. On nous demande de voter un compte administratif inédit, avec un excédent de 6,3 millions d’euros, et en parallèle, le maire et son équipe disent depuis des mois que la ville est ruinée, que les caisses sont vides. Il faut arrêter de mentir aux spiripontains. »

Dans le dernier magazine municipal daté de mars, le maire Valère Segal réaffirme effectivement dans son édito que « nous n'avons pas de moyen financier ». L’adjointe aux Finances Karine Bommenel répondra que « les grandes opérations à venir, comme le projet Hôtel-Dieu, vont significativement impacter nos finances », avant de citer également « les travaux indispensables qui découlent de l'étude hydraulique, le futur collège », comme « autant de projets qui demandent une gestion rigoureuse. » L’adjointe évoquera aussi les dépenses d’équipement des services ou encore les recrutements effectués, notamment à la Police municipale, mais aussi les projets annoncés lors du débat d’orientations budgétaires pour 2025 : la mise en accessibilité de la mairie, de l’église ou encore l'aménagement de plusieurs places.

« Retournez-vous vers le Département pour sécher vos pieds »

« Nous avons une vision ambitieuse pour Pont-Saint-Esprit, différente de la vôtre », poursuivra Karine Bommenel en s’adressant à Claire Lapeyronie, avant d’évoquer « une gestion comptable maîtrisée. » Pas de quoi convaincre l'ancienne maire, qui estimera que la ville « a les moyens d’investir de manière raisonnée », notamment sur le projet de collège, pour lequel la commune refuse de payer le terrain pour le mettre à disposition du Conseil départemental. « Le collège est réclamé depuis 2012, qu’avez-vous fait toutes ces années ? », relancera le maire, avant que Claire Lapeyronie ne l’accuse de « faire n’importe quoi » sur ce dossier, notamment en « quémandant » une participation financière aux communes du canton, comme Objectif Gard l'a révélé la semaine dernière.

« Celle qui fait n’importe quoi, c'est vous, celle qui a fini à 14 % (lors de l'élection municipale d'avril dernier, ndlr), c’est vous, rétorquera Valère Segal. Vous considérez que les Spiripontains doivent tout payer, nous avons fait des propositions au Département, nous attendons leur réponse. » Propositions sur l’achat des terrains nécessaires à l’accès et le financement la démolition de l’ancien collège, précisera-t-il plus tard. Claire Lapeyronie, qui enseigne au collège George-Ville, affirmera ensuite avoir fait cours la semaine dernière « les pieds dans l’eau », ce à quoi le maire répondra que « l’entretien est de la compétence du Département », et d’inviter sa prédécesseure à se « retourner vers le Département pour sécher (ses) pieds. » Ambiance.

L'opposition municipale spiripontaine était remontée • Thierry Allard

Le colistier de Claire Lapeyronie, Christophe Antunes, accusera la majorité de « procrastiner » sur ce dossier, et affirmera que le terrain était « déjà propriété de la mairie », ce que réfute le maire : « vous n'êtes pas juriste pour le savoir. » Puis le débat s’orientera sur le prix, élevé, du terrain, de 3,1 millions d’euros, fixé, rappellera Christophe Antunes, « par un juge ». Le compte administratif, document purement comptable rappelons-le, sera voté avec quatre voix contre, des dissidents du groupe RN, désormais dans le groupe Simplement Pont.

Surdité ou incompétence

Parmi eux, Ludovic Nicolas reviendra, concernant le budget, sur son vote tardif, justifié par la majorité par la loi de finances arrivée elle-même tardivement. Puis sa colistière Aurélie Delwarte reviendra sur l’épisode des médecins qui, après la question du collège, fait désormais partie des sujets incontournables de chaque conseil municipal : « ces médecins ne prendront pas de nouveaux patients », affirmera-t-elle. Le maire lui répondra la même chose que lors de ses dernières prises de parole sur le sujet, à savoir que les médecins qui arrivent de Saint-Julien-de-Peyrolas seront à terme plus nombreux, et que leurs nouveaux locaux leur permettront de prendre plus de patients.

« On ne manque pas que de médecins, on manque aussi de radiologues », grincera Aurélie Delwarte, en référence au fait que le maire, médecin radiologue, a récemment fermé son cabinet de Pont. Perdant quelque peu son sang-froid suite à une intervention de Christophe Antunes de la même teneur, le maire affirmera que les médecins « ont expliqué leur projet il y a un an lors d’une réunion avec les maires, si un maire du canton ne savait pas qu’ils souhaitaient déménager, c’est qu’il est soit sourd, soit incompétent. » Dans la salle, nombreux sont ceux qui y ont vu une énième pique contre le maire de Saint-Julien-de-Peyrolas, Claude Salau, avec qui le torchon brûle depuis l’annonce du départ des médecins vers Pont. « Vous vous entendez parler d’un de vos confrères maires ? », s’indignera Christophe Antunes, avant qu’Emmanuel Le Pargneux, élu d’opposition RN, ne dise se désolidariser des propos tenus par le maire.

« Je ne l’ai pas cité nommément », répondra Valère Segal, démentant également avoir « insulté » son homologue. On vous fera grâce d’une énième passe d’armes sur les médecins salariés par la Région, qui a une nouvelle fois rallongé une séance qui n’en avait pas besoin (trois heures de débat, tout de même), pour revenir sur la question du collège. « Vous dites que vous attendez un retour du Département pour lancer le projet, commence Ludovic Nicolas. Or, je ne le vois pas au budget cette année. » Karine Bommenel lui répondra qu’« il existe des décisions modificatives, on fera des choix », comprendre que la possibilité qu’en cours d’année une modification du budget de l’ordre de 3 millions d’euros était possible. Difficile à envisager pour l’opposition, Christophe Antunes estimant « qu’une bonne gestion voudrait que vous prévoyiez une ligne », et Emmanuel Le Pargneux pointant le risque que « le budget soit retoqué par la préfecture » lors du contrôle de légalité. Le budget sera voté avec 8 voix contre.

Les réactions

Dans un communiqué, le groupe Simplement Pont, issu de la scission du groupe RN, estime qu’« il nous a été demandé de voter un budget que même la majorité actuelle sait irréalisable (…) Ce budget repose sur beaucoup de "si", de promesses floues, mais aucun projet concret avec des retombées immédiates pour les spiripontains. » Sur les propos du maire, le groupe écrit : « Plus inquiétant encore : le maire s’est permis de mettre en cause publiquement un autre maire du canton, en insinuant une supposée incompétence, sans aucun fondement, simplement pour détourner l’attention et éviter d’assumer ses choix. Ce comportement est inacceptable pour nous. » Sur le collège, « les réponses du Maire et de son équipe en séance montrent bien que le choix est déjà fait : le collège ne figure pas dans le budget. Voilà une réponse claire… par l’absence », considère Simplement Pont.

De son côté, l’ancien adjoint aux Finances, membre de l'association Esprit Citoyen, Benjamin Desbrun évoque « Un budget 2025 très révélateur : entre excédents, contradictions, mépris et insincérité ». Sur l’excédent budgétaire, « Ces chiffres contrastent fortement avec les déclarations du maire lors d'une réunion publique le 30 novembre dernier, où il décrivait une situation financière désastreuse, empêchant le financement de certains projets en cours dont le terrain du futur collège », affirme Benjamin Desbrun, qui considère que dans ce contexte, il y a « une incohérence flagrante » à solliciter les communes voisines pour financer le terrain du collège. Plus grave, l’ancien adjoint aux Finances dénonce « un budget insincère », car « L'acte de vente signé en décembre 2023, rendant la commune propriétaire du terrain pour le futur collège, entraîne une dette exigible auprès de l'Établissement Public Foncier Occitanie (EPF). Or, le budget voté ne comporte pas l'inscription de la somme nécessaire au remboursement de cette dette exigible depuis 2024. » Pour lui, « Cette omission délibérée pourrait entraîner une procédure de saisie de la Chambre régionale des comptes, mettant en lumière une gestion budgétaire non conforme aux principes de sincérité et d’obligation d’inscription des dettes exigibles. » Benjamin Desbrun conclut en estimant que « Face à ces constats, et en l’absence de projets structurants proposés pour notre commune, il est légitime que les spiripontains s’interrogent sur l’avenir et les choix qui sont faits », et s’en prend au « comportement méprisant » de Valère Segal, « indigne d'un maire. »

Thierry Allard

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