Publié il y a 18 h -
Mise à jour le 03.04.2025 - Sabrina Ranvier - 7 min - vu 1198 fois
LE DOSSIER Des clémentines à la place des vignes
Les agrumes détestent le vent. Christophe Mugard va installer un système de filet anti-grêle au-dessus de ses clémentiniers : « Cela permet de réduire le vent de 60 à 70 %. Comme, les plantations sont déjà sur des parcelles abritées par des haies, on sera quasiment à 100 % de protection. »
Christophe Mugard va planter mi-avril un troisième hectare de clémentiniers. Une dizaine d’agriculteurs gardois se diversifient en misant sur les agrumes.
« C’est agréable. Même quand on les taille, on a les mains qui sentent comme si on avait mis de l’huile essentielle. » Ce parfum enivrant, c’est celui des agrumes. Mi-avril, quand les risques de gelée seront atténués, Christophe Mugard va planter 400 clémentiniers supplémentaires, ce qui lui permettra d’atteindre trois hectares. Tous ont été installés à la place de ceps de vigne. « J’ai déjà 1 200 clémentiniers en commande pour l’année prochaine », confie cet arboriculteur installé à Montfrin. Un sourire se faufile dans sa voix quand il évoque les 300 premiers agrumes qu’il a plantés en 2023 : « Au départ c’était un peu loufoque mais ça suit vraiment. » Cet hiver, ces arbustes ont produit entre 50 et 100 kg de clémentines. Une quantité insuffisante pour être commercialisée mais un test qualité réussi : « Elles sont très aromatiques, très juteuses. »
Se diversifier pour étaler les risques
L’exploitation familiale s’étend sur 90 hectares. « On a de l’abricot, de la cerise, de la vigne pour des raisins de cuve, décrit Christophe Mugard. Avec la crise viticole, pour pérenniser l’exploitation, on s’est dit qu’il fallait réfléchir à autre chose. » Il a donc suivi les conseils de Pascal Delon, conseiller en arboriculture à la chambre d’agriculture, et s’est tourné vers les agrumes. « On les ramasse en novembre-décembre, après les vendanges, à un moment où on n’a plus de travail de récolte », analyse Christophe Mugard.
« Le changement climatique ne remet pas en cause la culture des pêches, des pommes, des abricots et des prunes dans le département, décrypte Pascal Delon. Mais cela nous permet d’aller vers une diversification. C’est plus sécurisant si on passe à travers sur une culture. » Au départ, ce sont des agriculteurs qui l’ont sollicité pour savoir s’il serait possible de faire pousser des agrumes dans le Gard. « On a fait quelques visites en Corse, dans la région de Valencia en Espagne, en Andalousie », se souvient-il. Le choix s’est porté sur une variété espagnole de clémentines. Les premiers agriculteurs gardois ont commencé à en planter en 2023. Aujourd’hui, une dizaine d’arboriculteurs cultivent chacun un ou deux hectares. « Ce sont des gens qui ont déjà des arbres fruitiers et qui veulent s’ouvrir sur d’autres marchés », précise-t-il. La plupart sont installés dans les Costières où ils bénéficient d’un raccordement au réseau d’eau de BRL.
Autre atout, dans ce secteur, le gel est plutôt rare. Mais le risque zéro n’existe pas. « En cas de gros coup de froid, on ne perd pas la récolte mais les arbres, pointe Christophe Mugard. Ils ont une tolérance jusqu’à -6, -7 degrés. Même si les gelées sont rares, en 2018, on s’est pris un Paris-Moscou en février à -7 degrés avec du vent à 100 km/h. » L’an prochain, ses premiers arbres devraient entrer dans une production un peu importante : « On va voir si on est capable de produire pour atteindre un seuil de rentabilité. » Il aimerait que d’autres agriculteurs en plantent aussi pour avoir un volume de production afin de « créer un marché qui n’existe pas ».
La chambre d’agriculture, la station d’expérimentation Sud expé et le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes de Bellegarde ont monté un groupe de travail sur les agrumes. 25 agriculteurs gardois ont suivi cet hiver une formation sur ces plantations à la chambre d’agriculture. « On comptait en faire une. Vu la demande, on en a organisé deux », relate Pascal Delon. Certains participants avaient déjà des agrumes et voulaient aller plus loin. D’autres souhaitaient se lancer.
Le mois de février a été exceptionnellement pluvieux. Dans le Gard, il est tombé 158,5 mm, c'est près de trois fois la normale.
• Sabrina Ranvier
« Cet hiver, il est tombé 37 % de plus de pluie que la normale dans le Gard »
Florence Vaysse, Météo France
Objectif Gard le magazine : Les jours de pluie se sont succédé en février. Est-ce un mois record dans le Gard ?
Florence Vaysse : Sur une large bande allant de Villevieille à Méjannes-le-Clap en passant par Cardet, il a plu près de quatre fois la normale* d'un mois de février ! À Cardet, on a cumulé 208,6 mm alors que la normale pour un mois de février sur cette station est de 50,9 mm ! Le dernier record sur cette station datait d’il y a plus de 50 ans, en février 1972 avec 206,5 mm. À Nîmes-Courbessac, en février, on a eu deux fois plus de pluie que la normale. À Aigues-Mortes c’est près de 3 fois la normale. Paradoxalement, c'est sur l'Aigoual qu'il a moins plu par rapport à sa normale : il est tombé 154,4 mm alors que sa normale est de 141,1 mm.
Est-ce que globalement l’hiver a été très pluvieux dans le Gard ?
Sur l'hiver météorologique qui englobe les mois de décembre, janvier et février, il est tombé 304 mm soit 37 % de plus que la normale. Cela marque le retour d’un hiver pluvieux après trois hivers consécutifs déficitaires. En 2022, il était tombé trois fois moins de pluie que cette année. La répartition spatiale est contrastée. On a + de 50 % au nord de Nîmes sur l'axe Villevieille/Cardet/Méjannes-le-Clap. C’est bénéficiaire partout ailleurs dans le département sauf autour de l'Aigoual/St Sauveur où elles sont légèrement déficitaires de 20 à 30 %. L’Aigoual a reçu 74 % des pluies attendues.
Sans aller jusqu’à dire que Nîmes est devenu Roubaix, est-ce que l’on a pu observer une forte hausse de la grisaille ?
Nîmes a cumulé 397 h de soleil alors que normalement il y a 439 h. Il y a eu un excédent de 30 % en décembre et un déficit de 30 % pour le mois de février qui était bien pluvieux. Mais nous sommes encore privilégiés sur ce plan-là. Il y a moins de 200h d'ensoleillement de Brest à la région parisienne aux frontières belges. Le maximum est de 481 h pour Ajaccio.
Avons-nous battu des records de douceur ?
L'hiver 2025 est plus doux que la normale. Avec une température moyenne en hiver de 8,6° C à Nîmes-Courbessac, on observe une anomalie de près de 1° C. C'est directement en lien avec le réchauffement climatique. Depuis 2014, on observe, à Nîmes-Courbessac, douze hivers consécutifs au-dessus de la normale. Mais on n’a pas battu cette année le record de douceur.
La neige et le gel sont de l’histoire ancienne ?
Le nombre de jours de gel diminue. Nîmes-Courbessac en a eu 10 alors que la normale est de 17. Pour la neige, il y a eu quelques épisodes brefs sur l'Aigoual, perturbés par des redoux assez "destructeurs" de neige après les épisodes.
2024 est l’année la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale selon l’observatoire européen
Copernicus. Pour Météo France, 2024 a été, en France, une des cinq années les plus chaudes. Est-ce que la moyenne annuelle des températures a été plus élevée dans le Gard en 2024 ?
Oui. On a eu +0,82° C par rapport à la normale 1990-2020. 2024 est la cinquième année la plus chaude à l'échelle du Gard après les années 2022, 2023, 2018 et 2020. L’année record est 2022 qui a été supérieure de +1,58° C par rapport à la normale. En 2024, les vagues de chaleur ont été moins marquées qu'en 2022 et 2019. Il n’y a pas eu de records notables.
Selon le bilan national de Météo France, 2024 a été une des dix années les plus pluvieuses et l’année la plus grise depuis trente ans en France. Cela se vérifie-t-il dans le Gard ?
Au niveau des pluies, on a eu +17 % à l'échelle du département sur l'année civile 2024. Mais elle ne fait pas partie des dix années les plus pluvieuses dans le Gard. On a eu 98,4 % de l'ensoleillement normal. L’année a été légèrement grise.
Le calendrier des épisodes cévenols s'élargit-il ?
En 2024, on a été placé en vigilance orange pluie-inondation six fois : le 9 juin les 4 et 5 septembre, le 22 septembre, les 7 et 8 octobre, les 16 et 17 octobre ainsi que les 25-26 octobre. Sur la période 2013-2024, le Gard a eu en moyenne quatre épisodes en vigilance orange/rouge pluie/inondation par an. On a toujours eu des évènements méditerranéens au printemps, mais beaucoup moins fréquents qu'en automne. Cependant, avec le réchauffement climatique, chaque degré de plus entraîne une capacité de 7 % de plus de précipitations. En toute saison, la tendance c'est d'avoir des pluies plus intenses avec des cumuls plus marqués.
Quelle est la tendance pour les trois prochains mois ?
Ils devraient être plus chauds et plus secs par rapport à la moyenne trimestrielle. Mais cela n'exclut pas des périodes plus fraîches et plus pluvieuses.
Qu’est-ce qui attend le département dans les prochaines années ? Les données observées pour l’instant corroborent-elles les prédictions du GIEC ?
Malheureusement oui. La valeur de référence pour le nombre annuel de jours très chauds, dépassant 35 degrés, est de 3 sur Nîmes. En 2050, selon les différents scénarios, elle devrait être presque multipliée par cinq. Pour les nuits chaudes, à plus de 20 degrés, on passera de 32 par an en moyenne à Nîmes à 69 en 2050 et à 92 en 2100. C’est quasiment trois mois de nuits chaudes ! Le nombre annuel de jours de gel devrait être divisé par deux.
Que prévoient les modèles de Météo France pour les pluies ? On en aura beaucoup plus ?
Le cumul hivernal ou estival des pluies en Languedoc-Roussillon varie largement d’une année à l’autre. Les projections climatiques des modèles de Météo France démontrent, que, été comme hiver, cette variabilité persistera. Météo France prévoit trois scénarios différents en fonction de la réduction des émissions de gaz à effets de serre. Quel que soit le scénario d’émissions considéré, les projections climatiques indiquent qu’il y aura peu d’évolution des cumuls de pluie hivernaux en Languedoc-Roussillon d’ici la fin du XXIe siècle.
Que va-t-il se passer en été ? La sécheresse va-t-elle s’aggraver ?
Dans les scénarios de fortes émissions et d'émissions modérées, les projections indiquent une baisse des cumuls de pluie estivaux d’ici la fin du siècle. En revanche, il devrait y avoir peu d'évolution dans le scénario de faibles émissions. Si on diminue les émissions de gaz à effet de serre, cela peut avoir un impact. Tout n’est pas gagné, mais rien n’est perdu.
*Températures, précipitations… On compare les valeurs relevées avec une valeur « normale ». Cette dernière correspond en fait à la moyenne des précipitations ou des températures sur les 30 dernières années, c’est-à-dire sur la période allant de 1991 à 2020.